Extérieur nuit

Première nuit

Je suis dans un lieu qui a un nom mais c’est tout

Quand j’entends Papouasie, Polynésie, Amazonie : voilà.

Je sais que ça existe mais le corps même en est intouchable

Là, du pareil ; un nom, sans couleurs, qui attend.

Dix humains alanguis sur des matelas de salon, échoués ici après les heures de voyage, l’avion qui ne sait plus quand nous sommes, le thé avec des visages inconnus, la nuit autour d’une langue inconnue

Dix humains sur le toit, recueillis par des matelas de salon, épousés par leurs duvets légers

Effleurés par la nuit moite, les étoiles en percussion à l’intérieur des paupières de tous les yeux grands ouverts

Le sommeil guette à l’orée du muret qui entoure la terrasse, vigie de l’instant, se suspend en lui-même et part se promener seul dans la pénombre

Bruissement de l’air que je déplace, je m’assois

Nos pupilles se rencontrent et sourient dans l’hébétude

Mon corps perdu est un murmure de pensées sans paroles

Cou curieux infatigable se tourne et cherche

Assise au milieu du silence assourdissant, les mains touchants sans saisir, saisissement face aux pierres immuables de la maison d’en face, face aux peaux liquides de mes compagnons éphémères, j’entends un regard que je ne vois pas

Apparition du toit d’à côté, trois chèvres immobiles me regardent et cherchent à comprendre

La scène se peuple et repeuple mes sens désertés

Alors que repue je reconnais de nouveau les étoiles et leur parle allongée de cette nouvelle nuit

Alors que d’enveloppée je suis arrivée dans cette première nuit

Retentit le fracas psalmodique qui me recueille presque endormie

Une vache se lève dans la rue et répond à l’appel affamé de son petit

Le chant du monde s’intensifie et amplifie nos muscles, nos yeux clignotent

La maison des chèvres devient une mosquée

La mosquée annonce qu’il est 4h45

Pendant longtemps

4h45 en Mauritanie

L’heure de partir.

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