Je pique les saucisses avec ma fourchette.
Je les aligne sur la grille.
L’odeur des herbes de Provence me chatouille les narines.
Une belle journée d’été entouré du soleil et de mes amis. Je m’éloigne discuter avec Émilie
Nous ne nous sommes pas vu depuis 10 ans.
Soudain, l’odeur du brûlé me rappelle ma mission culinaire.
Le noir des saucisses calcinées.
L’odeur piquante du brûlé.
La fumée qui enveloppe l’air.
Un brouillard léger dans lequel je me noie d’un coup.
Je transpire. Je tremble. Je vacille. La panique m’envahit.
Flash-
Les flammes bougent comme des danseuses en habits de lumière.
Elles sont si nombreuses. Le balai de l’enfer flamboie
Flash –
L’immeuble s’écroule peu à peu comme un château de cartes. Je ne suis qu’un pion sur un jeu de hasard.
Flash-
Les cris d’un bébé au dernier étage comme s’il venait de naître alors qu’il va sans doute mourir.
Flash-
Les gens rescapés et blessés entassés à terre comme mes saucisses.
Cramés comme elles.
Flash-
Le saut d’une femme. Poupée de chiffon vole dans l’air comme
superman mais s’échoue sur mes pieds. Le poids de la mort soudaine se répand sur ma jambe
Flash-
Les chairs ont éclaté partout sur moi comme les saucisses sur le barbecue.
Flash-
J’ai peur. Je ne peux pas. Je veux prendre mes jambes à mon cou Je ne peux pas. J’irai bien sauter dans les flammes. Je ne sais plus ce que je dois faire. Je ne sais plus où je suis. Je suis perdu. Mais je suis urgentiste. Je conduis cette ambulance qui sauvera des vies. Je me force à rester immobile, à fermer les yeux que je dois cependant garder ouverts.
Je retire du feu les saucisses qui pourront être mangées. Je jette les autres comme j’aimerais jeter des souvenirs.
20 ans déjà….
Mon amie s’approche.
Je dégouline de sueurs.
Elle me dit de m’éloigner du barbecue.
Je voudrais juste m’éloigner de ma mémoire. Oublier.
Comprendre.
Arrêter d’entendre que je suis une personne courageuse car je sauve des vies. J’aimerais crier : j’ai un trauma. Je ne suis pas mort mais je ne suis pas totalement en vie.