Maisons

En quête de la clairière, je poursuis inlassablement l’orée des bois

Les murs sont invisibles, je cherche des passages et cours à bout de souffle,

Pionnière de mes présages

Attache

Profonde

Entaille originelle

Quand j’entre c’est la cuisine avec la table, je m’assois avec elle et puis je fais une tisane

Quantité de tisanes dans le buffet, entourées d’objets qui n’ont pas vu la lumière depuis

Les meubles ne bougent plus, les recoins poussiéreux racontent toujours pleins d’histoires

Murs poreux et usés, particules de craie, de couches de papiers peints, régulièrement ça s’effrite et ça tombe, on recouvre, on continue

Je me lève parce que moi je peux, et je sais où est le sucre, et le miel, et les cuillères, et les tasses, et la boîte en aluminium encore cachée en hauteur parce que dedans il y a le chocolat.

J’allume la lumière parce qu’une cuisine paysanne dans la Marne en novembre c’est sombre.

Ça m’a toujours fait rire mes grands-parents qui vivaient à moitié dans le noir jusqu’à 17h peu importe la saison, soucis d’économie ou traversée du temps,

quand il y avait moins de fenêtres dans la cuisine, quand la cuisine était une écurie à chevaux, quand les moutons passaient la tête par la fenêtre, quand la fenêtre fermait mal, quand la porte restait ouverte sur la véranda où ma grand-mère faisait les frites au saindoux, quand un matin d’hiver à 7h avant de prendre le bus je venais embrasser mon papa et mon grand-père qui buvaient un café en goûtant le boudin noir tout chaud, eux frais comme des gardons debout depuis 5h, moi absorbée par le seau empli de sang pour lequel mon récent petit-déjeuner n’était pas prêt, quand la cuisine était pleine de monde le dimanche surtout d’enfants avec moi dedans aussi

Je vais machinalement dans le salon attenant à la recherche de quelque chose mais je ne sais jamais quoi, je déambule dans la maison de plein pied comme on se balade, je reviens m’assoir sur une chaise désertée de la vie de mon grand-père et ça me fait rire, de sa place on voit bien la porte qui sépare la cuisine du salon, cette porte qu’un dimanche il avait fini par enlever de ses gonds parce qu’il en avait ras-le-bol qu’on la claque, les enfants et leur lubie de claquer les portes

Sans un mot il avait fait ça, sourire espiègle, ses yeux complices quand en parallèle des remontrances perpétuelles de ma grand-mère sur notre attitude à table il piochait dans le plat avec sa fourchette.

Son couteau suisse dans la poche de mon frère, sa montre accrochée dans une autre maison remontée chaque jour par mon frère, pendant que l’horloge du salon n’est remontée par personne, elle est morte elle-aussi et puis voilà

J’ai aimé la maison de ma grand-mère et quand j’y suis je ne sais plus quand nous sommes

Je crois qu’elle non plus

Elle va mourir, les fantômes restent

Quant à moi

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