Nous souririons à la vie et nous nous amuserions de rires et de plaisirs en observant les étoiles filantes dans la nuit et puis au grand jour, sous la lueur du soleil levant, nous envolerions nos maux au ciel qui les saupoudrerait de teintes opalines. Nous aurions la prétention de rien, ta main dans la mienne. Nous dessinerions juste des mots heureux.
Nous danserions sous la pluie, sous l’écume des jours qui passeraient et il pousserait des nénuphars délicats dans nos cœurs qui grandiraient lentement comme toutes ces Fleurs du Mal que nous ne voudrions pas voir noircir puis ensevelir notre tableau d’amoureux.
Un mot lourd vient de tomber, il fait du bruit à terre, il a même rebondi dans la pièce à coté et nous nous taisons. Dans un grand silence, il revient en fracas rouler à mes pieds. Je n’ose le ramasser de peur qu’il ne m’explose au visage lacérant jusqu’à ma dignité. Mais je le vois. Il me dévisage avec sa Majuscule malhabile et ses minuscules déshabillées, démasquées qui tentent de fuir lâchement et qui s’agrippent les unes aux autres entre consonnes et voyelles. Je fixe chaque lettre d’un regard acéré. Une à une, elles s’impriment dans ma rétine, reflétant la noirceur du monde. Et toi, toi tu disparais, brumeux, lointain, fuyant, insignifiant sous la gomme à immondice.
Au bruit terrifiant, nous n’aurions pas bougé. Blottis là, l’un contre l’autre dans notre lit d’alcôve, nous aurions attendu. L’orage gronderait, lointain.
Et tous les mots seraient tombés sans salir les murs et le parquet de notre cage dorée. Nous aurions mis nos mains sur nos oreilles pour couvrir tout ce sale obscur et nos corps cotonneux se seraient endormis, une fois encore, se mêlant l’un à l’autre. Et nous rêverions la candeur d’un matin-crépuscule, promesse insaisissable d’un lendemain sans fin et nous continuerions à caresser la plume et colorer des arcs en ciel, insouciants sous la lune.
Mais le mot est tombé.