Juste une journée

Je suis une humaine
J’aime bien
J’ai des rivières, j’ai des cours d’eau paisibles, j’ai des torrents, j’ai des fontaines
J’ai des orages cévenols qui grondent et depuis tout au fond viennent taper jusque sur la paroi de ma peau
Depuis le jardin je traverse la danse de ma journée

Le ciel est clair, l’air doux fait des volutes sur mes bras, l’eau sort de moi au goutte à goutte
Je suis nulle en jardinage
J’aime regarder les herbes sauvages et puis les laisser là
J’aime qu’elles trouvent leur chemin partout
Ce n’est pas fou une herbe qui est libre

J’ai le corps de quelqu’un qui n’est pas d’accord
Je n’ai pas de cancer mais je m’empoisonne à ma manière
En équilibre détendue sur ma terrasse
J’inspire et j’expire,
deux mouvements pour faire entrer un problème puis l’exfiltrer de suite
-ça dérange qui l’indépendance à la fin ?

La pie entre en trombe dans le séquoia, qui en crache la poussière accumulée par le vent hivernal
Je me demande si les oiseaux toussent
Quand on étouffe et avant de devenir bleu sous nos plumes, écorces de singularité, veines vivantes
Près du seuil de la mort, quand on arrive à sa hauteur et qu’elle s’agenouille en silence
Est-ce que les derniers souffles sont comme toussés, et sont entendus ?

Aujourd’hui mon sang bout
C’est bien
Parfois c’est à cause de la vase d’hier qui bouchent mes artères mais pas là, hiérarchiser la détresse n’a pas sa place et les eaux usées s’évacuent discrètement
Par la bouche, par les yeux, par la pensée sort la boue ; c’est bien foutu comme on refuse de mourir
Mon corps est humain et sauvage
Mais il n’est pas fou
Desserrer mon poing des herbes
Et juste une journée, pour toutes les journées, laver la vie

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