Qu’est-ce-que l’ouïe ?
C’est l’aile noire de l’aigu
déchire le ciel fouille sa branche
C’est la voix en morceaux brillants
virevoltent sous la fenêtre
C’est le long roulis vert des plaines
tremble le front à la vitre du train
C’est mon cœur sûrement
s’assoupit dans l’oreille
Qu’est-ce-que la vue ?
Sont les tessons de feu
frissons vifs du fleuve
C’est le visage suspendu
dans le cadre photo
C’est la gamine tresses rousses bonnet bleu
ses bottes dans le nuage de pigeons
C’est l’écorce orange derrière mes yeux
où pressent mes doigts
Qu’est-ce-que le toucher ?
C’est le chaud courbe du bol
sur le vert formica
C’est le rêche c’est le doux
c’est me prolonger d’étoffe
C’est des mots écrire le noir
sur la pulpe des doigts
C’est depuis ta peau trop blanche
sa glace au creux de moi
Qu’est-ce-que l’olfaction ?
C’est l’ombre de la rue
remâche ses recoins d’urine
C’est le gras jaune métro
tombé sur l’étal des brioches
C’est le diesel chalutier ronronne
Colle sa fumée aux grues de la criée
C’est la lumière d’Afrique
son parfum d’épices étalés
Qu’est-ce-que le goût ?
C’est la sueur et le sel
c’est le sang et son fer rouge
C’est se brûler à l’amer café
Le cendrier et la cigarette allumée
C’est le verre de vin frais
le dernier avant de fermer
C’est je saurai plus jamais rien des qu’est-ce que c’est
quand je suis terminé définitivement dégoûté