J’ai eu du mal à m’extraire de moi-même pour ne pas bouger dans le tunnel froid et glacé dans lequel mon corps entier vient de glisser. Tout juste respirer alors que les premiers sons saccadés et dysharmoniques de cette machine martèlent mon cerveau et ma moelle épinière qui se sont, eux aussi, figés dans le temps. Ne plus penser, juste se concentrer sur les premiers mouvements chorégraphiques d’une danse que pourraient m’inspirer ces bruits anarchiques, les transformer en notes de musique. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse dans ma tête.

Je me suis extraite de moi-même quand les premiers mots ont été prononcés. C’est ma vie qui vole en éclat et qui vient de tomber à terre. J’ai le souffle coupé. Respirer, Respire, Respire ! J’ai besoin d’air. J’ai consigné tous ces maux sur un papier et je l’ai froissé. Penser à cette musique plus vivante que cette appréhension qui reste floue comme ma vision qui faiblit. Se concentrer encore sur l’harmonie de mes notes intérieures plus forte que cette intuition d’un processus machiavélique qui commence à évoluer en moi. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse sur le fil de la vie.

Mon corps s’est extrait de moi-même, je suis tombée à terre. Je ne bouge plus dans le tunnel froid et glacé. Le bruit sourd et acéré des sons métalliques de la machine martèle mon cerveau et ma moelle épinière et fracasse un peu plus mes pensées jusqu’à résonner dans mes os, jusqu’à les faire taire. Dans le couloir blanc aseptisé, les odeurs se mêlent à la peur. Je suis animal, je pressens le danger qui approche. Éloigner cette pensée, minute par minute, je ne vais plus danser.

Un jour, j « é crierai » l’indicible. Et je crie.
Et j’écris.

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