C’était dans le bus, la première fois. Ton portable a vibré, l’écran s’est allumé, laissant apparaître les lettres du prénom aimé. Sourcils froncés, tu détournes le regard et relègue le téléphone au fond du sac. Comme si l’enfouir dans ton fatras pouvait faire cesser la sonnerie, annuler ta gêne à son prénom. Il t’avait expliqué la lassitude, l’envie de nouveauté et cette nécessité d’être sans toi. C’était difficile à dire, il pleurait. Toi, tu n’avais rien dit. C’est comme si ses mots restaient coincés en toi, ils s’accumulaient en une masse bloquant ta gorge. Une boule impossible à avaler, impossible à recracher.

Tu voudrais arrêter d’y penser, juste quelques minutes, mais la sonnerie revient. Il insiste, il se met en colère maintenant, il veut régler ça au plus vite, se désinscrire du bail de location, organiser son déménagement. Il a une vie à récupérer.

Toi, tu es au bord. C’est comme si tu revenais de la salle d’opération. Tu ne sens rien, juste un grand vide à la place du corps. Le goutte-à-goutte de la perfusion marque les secondes qui s’écoulent. Un nuage d’ammoniac survole la salle de réveil. Tu es sur un lit blanc, en roue libre, en pleine descente. Tu te raccroches aux rambardes métalliques. Bouche pâteuse, corps ankylosé par les médicaments. L’anesthésie fait encore effet, mais tu sais que tu vas bientôt avoir mal. Tu pressens les tiraillements, la peau meurtrie qui prend des couleurs inédites et la solitude. Alors tu attends encore un peu avant de décrocher.

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