La bouche est douloureuse, elle est un trou sombre dans le visage. Un trou noir et bruyant, dont s’échappent des filets de salive et des pleurs. La dent perce une gencive boursoufflée, un petit morceau de blanc fait surface sur le rouge.
Dans le garage à vélo de l’école primaire, je saute entre les raks métalliques, à l’abri de de la pluie. Je glisse et cogne le sol en gravier. Ma lèvre heurte le métal, le goût du sang dans ma bouche, un morceau d’émail sur ma langue.
Une douleur aigue au fond de la mâchoire, je veux me boucher les oreilles, mais il n’y a pas de son. Ça recommence à chaque fois que je croque. Ca n’est pas beau à voir dit l’homme à blouse blanche, je vais vous endormir. Adieu molaire, je t’aimais bien.
Ma bouche est désertée, une par une, elles sont parties. Déchaussée, brisée, mal entretenues, chevauchées. Il faudrait les remplacer. D’abord une, puis d’autres fichent le camps. Je passe ma langue sur une gencive nue. Je mâche ma rancune.