Lilly

Elle est jolie ma Lilly. Elle a la grâce d’un cygne et la légèreté d’un oiseau en plein vol. Ses longs doigts grattent sa guitare accompagnée de sa douce voix. Elle captive le monde depuis sa naissance. Elle est celle qui s’attache aux autres juste par un claquement de rire, un grincement de cœur.
Son maître la met au piquet comme chaque jour. Elle arrive à parler, suivre, écouter le programme des plus grands. Elle est partout. Collée contre le mur, elle parle au silence, à l’invisible comme elle parle à la mouche attrapée dans un bocal. Tout est vivant chez elle. Elle a une autre dimension du monde. Rien n’est figé, rien n’est rien. Tout est tout.
Elle marchande sur les marchés balinais. Trois jours qu’elle est là. Elle connait déjà tant de mots. Elle est belle avec ses boucles d’or, sa taille de guêpe, sa tête dans les étoiles. On veut me la marier. Elle a le même sourire qu’eux, limpide de joie, transparent de bonheur. Elle aime le monde. Elle boit chaque goutte de sang qui coule dans les veines du cœur des autres. Elle s’enivre de leurs différences. Elle s’offre à la vie.
Maman regarde, il y a un rapace dans le ciel. Ses palmes aux pieds, son masque de snorkelling plein de buée, elle photographie le monde de ses yeux chercheurs. Elle est partout. Sous l’eau, dans le ciel. Rien ne lui échappe. Elle vit de ce qui l’entoure. Elle boit, elle mange le monde.
Endormie sur son sac-à-dos, dans un couloir en face de toilettes nauséabondes, elle occupe tout l’espace avec ses rêves défilant à la vitesse du train du Sri Lanka : lentement. Même endormie, elle est là. Sa gentillesse, sa bonté transpercent le silence et le sommeil. Une dame la réveille doucement pour lui offrir son repas. L’odeur de la noix de coco lui chatouille les narines. Le goût du partage flotte dans l’espace. Le goût des autres. Le goût de l’humanité au-delà des mots. Ce qu’elle est, ce qu’elle cherche, partout elle le trouvera. Il y a des êtres plus clairs que l’eau de roche, plus limpides qu’un diamant. Elle est la fée clochette, lumineuse. Elle s’éclaire d’un regard, d’un geste, d’une parole. Elle rend ce qu’elle prend de l’autre et de la vie.
Son prénom est Lisa, tout droit sorti d’un album de Cabrel. Un titre que je n’aime pas. Il y a des sons plus fort que tout.  » Lisa nos barques en papier dans le grand matin bleu…tu disais souvent on vivra ailleurs ». Peut-être que tout part de là. On dit que le fœtus entend et ressent. Il y a des hasards envoyés comme des pétales de rose dans nos cœurs. Il m’a fallu attendre 20 ans pour comprendre pourquoi ce prénom. Je n’aime toujours pas cette chanson mais toi je t’aime plus que tout.

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