Le vieil homme et la jeunesse

Et toi vieil homme, poursuivie la folle jeunesse, que crois-tu boire ? Que veux-tu boire ? Il faut que tu boives pourtant. Il le faut. Pense à bien t’hydrater par ces temps de sécheresse collective. L’eau d’ici n’est pas bonne pourtant, et au-delà de ce que tu devrais absorber, l’odyssée infinie des liquides qu’il te serait agréable de goûter reste en suspens dans les verres fragiles pourtant si féconds. Il faudrait que tu t’imbibes des ces précieux nectars. Le sais-tu ? Les fleurs ont ces parfums enivrants qui te permettront de rester lucide dans toutes tes ivresses. Te rappelleras-tu de cela ?

Les frigos nourrissent les corps, certes, et les salières salent les corps morts afin de les conserver. Pour t’accompagner sache que les cendriers préservent les erreurs volatiles du passé. Les fenêtres ouvertes laisseront entrer ce vent du nord qui redonne la soif. Les mouchoirs dépliés garderont secrètement les rires assassins du temps qui s’écoule sur le bord de tes lèvres ridées. Les versets poétiques seront capables de te réchauffer quand ces alcools meurtriers te feront trembler. Les bourses arides auront toujours quelque menue monnaie afin que tu sois ivre même dans l’eau plate.

Le vieil homme pleurait à gorge bien serrée et la jeunesse s’essoufflant ordonna :

Oui ! Bois ces larmes que tu ignores être celles du bonheur. Bois ! Ne te retourne pas et fuis ces verbes qui ne savent pas. Juger, savoir, être, avoir. Réponds liquide au solide. Toujours. Hurle cette souplesse qui ne demande qu’à s’adapter aux contenants de toutes sortes. Et surtout, avale cul sec! Quoi qu’il en coûte, couleuvres comme mets indélicats. Puis ensuite, savoure ce délicieux vin de serpent, ainsi que ce fin dessert raffiné. Rappelle-toi bien du prix de la consigne. Cela te sera utile les jours de vaches maigres. Mais après tout, vieil homme, tout cela tu devrais déjà le savoir…

Puis telle une fuite qu’on ne peut étancher la jeunesse alors s’en alla boire ailleurs avec d’autres vieux fous. Sans se retourner sur la solitude, elle pris la direction d’un aller sans retour.

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