Dans le soleil, je ferai pleuvoir des paillettes de colle à papier-peint sur la surface d’un seau plein de la Rivière des Galets.
Dans le soleil, j’y ferai danser un bâton en spirales. Ou je jouerai à imiter les vagues surfant la barrière de corail à Boucan Canot.
Dans le soleil, je ferai une charpie de l’actualité en noir et blanc étalée dans les pages de vieux journaux.
Dans le soleil, je ferai torsade d’une double page du Journal de l’Île en frottant le papier entre mes mains.
Dans le soleil, je ferai des colombins fripés. Il y aura peut être les couleurs des photos de la première page.
Dans le soleil, je ferai tremper des colombins dans l’eau gluante de colle. En portant mes mains au soleil, les colombins dégoulinants laisseront des gouttes épaisses sur la terre de mon jardin.
Dans le soleil je ferai naître des courbes pour un corps, des courbes pour un autre corps.
J’enchâsserai les deux corps par leurs sexes. Des corps actuels. Des corps en statue de recyclage.
Une femme. Un homme. Comme ces souvenirs du Kenya en pierre à savon. Ils auront la hauteur du coeur.
Dans le soleil, je ferai – à partir de serpentins de papier – des dreadlocks rastafari à poser sur la tête de mes corps. Les visages n’auront pas de figure. Pas de regard. Juste une silhouette. Et la coiffure.
La coiffure des soeurs, la coiffure des frères, la coiffure héritée des Mau-Mau kenyans, des sâdhus indiens, des marrons en fuite d’esclavage. Esclavage de plantation . Esclavage mental.
Dans le soleil, je ferai sécher ma composition en songeant à Mickaël Bethe-Selassié artiste éthiopien exilé à NYC, repéré par Real World, le label de Peter Gabriel.
Dans je soleil, j’attendrai des jours en pleine chaleur.À la tombée de chaque jour, je rentrerai mon oeuvre. Puis je me servirai un punch pour accompagner mon bâton de zamal.
Dans le soleil je ferai de ces corps – une fois secs – des dégradés de peintures vertes, or, rouges pulsés par une bombe à taguer le monde.
Dans le soleil, je poserai ONE LOVE – ce sera son nom – en exposition sur ma terrasse. J’attendrai le retour de la saison cyclonique.
Dans la tourmente, je verrai l’amour se déchirer, monter au ciel, disparaître dans les nuages jusqu’au retour de l’arc-en-ciel, jusqu’au retour du soleil.
Alors, dans le soleil, je ferai JAH LIVE, NO WOMAN NO CRY, THREE LITTLE BIRDS, IS THIS LOVE ? Une par an jusqu’à la fin des temps.