Tu entreras dans la maison de ta mère
tu souffleras sur la bougie blanche
à pas filés tu monteras les marches de granit blanc
tu passeras ta paume sur le bois vert
tu pousseras la porte lourde
Le doigt aux lèvres tu souriras à la femme esquissée
tu retiendras les gonds, glissera sur les tommettes
repères dans le noir les angles du couloir
touche les murs, caresse les tranches des livres qui doublent la façade
contourne la lumière automatique
Ne te perds pas dans les chambres archives
avance encore
chante un murmure à tes oreilles
prends ta peine nouée aux larmes
frottes tes chaussettes au froid du sol
avance encore
Tu ne regarderas pas en arrière
n’écouteras pas le clapotis des routes
gouttes du lavabo, la salle de bain mal fermée
Tu oublieras tout ce qui te retient
Avance si tes jambes te portent
Enroule le foulard, disparaît entre ses mailles
deviens fantôme de l’enfance
tu regarderas devant, l’atelier
referma la porte avec précaution
que rien ne bruisse
Tord le torchon dans ta main droite
enroule ton poignet
franchis le seuil
Inspire
évite la latte qui grince sous la moquette cobalt
Contourne le lit d’un demi-siècle
agenouille-toi
écoute le rythme, battements
sors le bras de ta besace de peau
porte-toi
Guide-toi au rayonnement de la chaleur, aux tempes
trouve les mèches, l’angoisse froide au front
pose toute la surface, creux de tes mains
caresse le front endormi
prend la douleur
pars la jeter aux braises
qu’elles vivent
Allonge toi dans un recoin
laisse l’obscurité te bercer dans son ventre
demain les flammes tisseront ton ciel.