Mirèio

Je n’existe pas 
Je suis une invention née de la poésie d’un homme et du monde 
Je suis sortie du ventre du vent sous le soleil et le crissement des ailes de l’été 
Je suis née affamée par le chant de l’enfant qui grimpe les collines au pied des falaises blanches dans le bleu des lointains déversés 
Je suis la craie calcaire et l’abrupte des mers la houle légère et le mistral cinglant 
Je m’élance du nord poussée par la vallée et le courant des fous 
J’ai un accent fragile et la peau des grands froids 
Je m’éprends des plus petites herbes et des pousses mauvaises 
J’ai l’injustice rageuse des pins courbés au sol pour tenir à la terre 
J’ai les yeux de garrigue et l’horizon azur 
J’ai dans le corps le feu des vagues qui avalent 
Je suis une brûlure sur un givre invisible 
Je suis la voix de l’or et le chant du silence 
J’ai la sonorité de celleux qui possèdent la lumière 
Mais je ne suis que l’ombre oubliée de moi-même

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