Je n’existe pas
Je suis une invention née de la poésie d’un homme et du monde
Je suis sortie du ventre du vent sous le soleil et le crissement des ailes de l’été
Je suis née affamée par le chant de l’enfant qui grimpe les collines au pied des falaises blanches dans le bleu des lointains déversés
Je suis la craie calcaire et l’abrupte des mers la houle légère et le mistral cinglant
Je m’élance du nord poussée par la vallée et le courant des fous
J’ai un accent fragile et la peau des grands froids
Je m’éprends des plus petites herbes et des pousses mauvaises
J’ai l’injustice rageuse des pins courbés au sol pour tenir à la terre
J’ai les yeux de garrigue et l’horizon azur
J’ai dans le corps le feu des vagues qui avalent
Je suis une brûlure sur un givre invisible
Je suis la voix de l’or et le chant du silence
J’ai la sonorité de celleux qui possèdent la lumière
Mais je ne suis que l’ombre oubliée de moi-même
Mois / novembre 2022
Fendre la nuit
Dans chaque espace tu verras la lumière fanée des fenêtres à demi fermées
Entrebâillement du soir sur la nuit en venue
Tu verras les brisures électriques de la ville sur ton sol lamé bois sur ton espace intime sur le corps de ton lit
Tu improviseras la danse du noir la danse de la peau entre ta main et tes cuisses écartées
Tu trouveras les chemins qui mènent aux lisières et aux rêves éveillés
Tu te soûleras des brumes et du silence en les rompant d’un soupir et d’un cri
Tu élèveras ton cœur au dessus des forêts et des nuages avides
Tu embraseras l’opaque des lunes sans nulle mesure ni un seul réverbère
Tu les mettras à terre de n’avoir pas vu naître dans le creux de tes lèvres l’épaisseur attiédie de tes moites extases
Pour qu’avant les soleils ton ventre palpite pour deux juste entre toi et toi