Mirèio

Je n’existe pas 
Je suis une invention née de la poésie d’un homme et du monde 
Je suis sortie du ventre du vent sous le soleil et le crissement des ailes de l’été 
Je suis née affamée par le chant de l’enfant qui grimpe les collines au pied des falaises blanches dans le bleu des lointains déversés 
Je suis la craie calcaire et l’abrupte des mers la houle légère et le mistral cinglant 
Je m’élance du nord poussée par la vallée et le courant des fous 
J’ai un accent fragile et la peau des grands froids 
Je m’éprends des plus petites herbes et des pousses mauvaises 
J’ai l’injustice rageuse des pins courbés au sol pour tenir à la terre 
J’ai les yeux de garrigue et l’horizon azur 
J’ai dans le corps le feu des vagues qui avalent 
Je suis une brûlure sur un givre invisible 
Je suis la voix de l’or et le chant du silence 
J’ai la sonorité de celleux qui possèdent la lumière 
Mais je ne suis que l’ombre oubliée de moi-même

Fendre la nuit

Dans chaque espace tu verras la lumière fanée des fenêtres à demi fermées 
Entrebâillement du soir sur la nuit en venue

Tu verras les brisures électriques de la ville sur ton sol lamé bois sur ton espace intime sur le corps de ton lit 

Tu improviseras la danse du noir la danse de la peau entre ta main et tes cuisses écartées

Tu trouveras les chemins qui mènent aux lisières et aux rêves éveillés 

Tu te soûleras des brumes et du silence en les rompant d’un soupir et d’un cri 

Tu élèveras ton cœur au dessus des forêts et des nuages avides 

Tu embraseras l’opaque des lunes sans nulle mesure ni un seul réverbère

Tu les mettras à terre de n’avoir pas vu naître dans le creux de tes lèvres l’épaisseur attiédie de tes moites extases

Pour qu’avant les soleils ton ventre palpite pour deux juste entre toi et toi