Voyez dans les rêves
ceux qui regorgent d’encre
voyez ces fantômes fardés
de signes noirs et rouges
ces fantômes nus
à la peau transparente
le front tatoué
de leurs vieilles mémoires.
Voyez comme ils nous visitent
la nuit sentez
comme ils cherchent
la chaleur de nos corps toujours
se glissent sous nos draps
fluides dans leurs mouvements
mais tellement habilles
qu’on les croirait vivants.
Les miens sont au nombre de tant
je les appelle par leur nom
mes bras doucement les enserrent
près de mon cou
contre l’oreille
je les serre un à un
afin qu’ils ne partent pas
tout de suite
pas tout de suite
pas encore
pas trop vite
je les écoute
j’entends leurs souffles
et leurs murmures
j’entends leurs rires
et leurs plaintes
jusqu’aux dernières lumières éteintes
je les écoute
ils sont là.
Et puis comme vous
comme toi peut-être
je ferme les paupières
quand ils me disent
« endors-toi, nous veillons.