C’est l’hiver.
Il fait nuit.
Le vent souffle par la fenêtre.
Pas d’étoile dans le ciel.
Ce soir, il n’y a rien.
Presque rien.
Comme une aigrette, un papillon
happé par la tempête ou
une poussière peut-être
dans l’œil, ce n’est rien.
Seulement des questions
en suspens
dans ce grand vide
qui nous pèse
lourd, soudain.
Que sont les forêts devenues
et le grand chêne dans la clairière
et la rivière cristalline
qui filait vive dans son lit
sous le pont de pierre ?
Ce n’est rien
qu’une pensée toute simple
pour ce qui n’est plus,
une impression passagère,
un souvenir des jours anciens.
C’était hier.
Nous n’irons plus.
Nous n’irons plus courir
dans le champ de blé mûr.
Nous n’irons plus rêver
dans la cabane couverte de fougères.
Nous n’irons plus nager
entre les algues bleues dans l’eau claire.
Nous n’irons plus dormir
sous la saulée qui ployait au bord de la rivière.