ÉPINGLER
Tu ramasserais une branche molle, avec ta canine en prélèverais la feuille coupante. Donc j’ouvrirais mon nombril pour lui tenir chaud et un liquide jaillirait comme du lait en plus âcre et la boue virerait iodée. Tu ouvrirais tes paumes en soucoupe comme pour récolter l’eau de la fontaine d’un certain parc puis je te regarderais t’engorger. J’agripperais ta carotide pour éviter de me répandre, éventuellement te léguerais un ongle tendre. Ainsi nous ne serions ni scellées ni prisonnières, mais épinglées.
FONDRE
Un individu pourvu d’une large bouche en forme de ténèbres. Tu le verrais la première et évidemment tu t’y précipiterais. Je n’essaierais pas de te retenir par crainte d’abîmer le paysage, à cette heure tu adorerais les précipices plus que d’ordinaire. Ton besoin de chaleur m’intimiderais beaucoup. J’en serais réduite à te deviner, et ce vide étrangement préciserait tes contours. Je pourrais dire : je l’ai vu fondre, cela n’avait rien à voir avec moi, désormais je la connais.
OEIL
J’aurais un creux au niveau de la cheville droite. Je penserais d’abord à la canicule, alors tu frotterais un glaçon à l’endroit du creux. La chair autour du creux palpiterait, tu penserais d’abord au coeur d’un oiseau minuscule, peut-être en rapport avec une promenade en forêt. Tu cautériserais à l’aide d’un cil, le creux aspirerait le cil qui proliférerait. Un os soyeux, finalement. Un os soyeux, finalement un globe lisse, animé d’une pupille vacillante. La première pupille de cheville du monde, la naissance d’un oeil à l’endroit du creux, cet endroit où je n’ai d’oeil que pour toi.
CHAMPIGNON
D’humeur fongique je ferais fi de ma pudeur et je cueillerais une petite chose à la peau élastique. Je l’enroberais de ma salive sans te quitter des yeux, le champignon remplacerait la pomme, on rirait beaucoup.
REPOS
Un tissu moelleux déployé sur une surface aléatoire. Tu déposerais dessus une épaule et ta bouche, je n’oserais pas t’en demander plus. Dans le fond, je voudrais simplement me reposer et toi tu serais bien désolée. Une épaule et une bouche effilochées à force d’être triturées comme lorsque, enfant, je m’agrippais au bout de tissu pour retrouver le monde intact au réveil.
CIGARETTE
Tu agirais bizarrement à cause du temps maussade soi-disant, sauf que je ne serais pas stupide. Tu sortirais acheter des cigarettes, yep, je saurais de quoi il s’agit. J’ouvrirais à peine les rideaux et ta silhouette opacifiée traverserait la route. Je m’épuiserais à t’attendre et je fumerais trop, sans doute.