Fantasme à quatre temps

Espace

On dit que la distance entre Terre et Lune varie constamment selon la position de la Lune sur cette orbite – à l’échelle de l’Univers, l’unité de distance est donnée en seconde-lumière – Toi, tu serais la planète que l’on dit bleue comme une orange. Et moi, je serais ce satellite en rotation absolument synchrone avec toi. Toujours pâle et jamais même – tantôt gibbeuse, tantôt ronde ; parfois rousse, parfois blonde – je te montrerais continûment la même face. Tout l’univers serait à sa place. Et, en ce sens, nous irions parfaitement, main dans la main, comme de vieux amants.

Interface

Sur les écrans, oscilleraient deux images. Deux visages y figurent. Deux souffles, deux essences, deux chairs en puissance dans la constellation des cristaux liquides. Tu m’apparaîtrais ainsi dans un faisceau de lumière crue. Je te ferais face aussitôt, emprisonnée dans un rectangle quelconque. Pixelisés dans la zone magnétique, nous serions réunis le temps d’un mot doux, d’un baiser virtuel. Soudainement, le tunnel se refermerait et nous recracherait dans le néant. Fondus au noir, black-out, nous serions éjectés dans nos solitudes respectives. En exil.

Surface

Ce serait ce lieu, un serment sur la langue, rêvé de nuit comme de jour, dessiné sur la page à l’encre sympathique, pétri longuement entre nos doigts. Ce serait un lieu bâti par nous, pour nous, mot à mot, phrase à phrase, champs contre champs, pierre après pierre, au corps à corps, peau à peau. Ce lieu serait notre gîte quelles que soient les saisons. Un nid pour nos caresses. La canopée serait un ciel de lit étoilé pour nous. Ce serait un abri dans les feuillus sur la terre arable et fertile où je te dirais oui, toujours ; où tu me dirais oui toujours. Un refuge.

Profondeur

Un frisson à fleur de peau, un balbutiement de la chair, ainsi s’afficheraient l’amour et le désir. Venu des tréfonds, de la nuit des temps, de bien avant le langage parlé ainsi serait mon désir de toi, inextinguible. Mon amour de toi, infiniment. Tu serais ce feu en mon centre, les flammes du plaisir sur mes joues. Ton nom, absenté ici, serait inscrit sous ma peau frémissante. Ton nom, qui m’est cher et doux, je l’aurais écrit secrètement dans le noyau de mon corps tremblant.

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