Si je considère la génétique humaine, dès ma conception j’ai baigné dans l’alcool et les médicaments.
Je suis donc née droguée.
J’ai la peau lacérée des douleurs de mes parents. J’ai le poignard de leurs mots plantés en plein milieu de mon cœur. Il tourne en moi comme les aiguilles de leur malheur.
Tout ce que je suis est invisible à l’œil nu – un fantôme désarticulé – je m’évapore – quitte mon corps.
J’apparais et disparais. Je suis puis je ne suis plus.
J’ai l’identité des yeux vitreux de mon père et de la voix colérique de ma mère.
J’ai le nom déchiré de parents divorcés.
Mon prénom pourrait être celui d’un chien – pars- reviens – assis – couché – Médor? Mirza?
J’ai été baptisée à la puanteur des larmes – celles qui ne sèchent jamais et stagnent sur un corps trop petit de joies.
Je suis un habit de laine emmêlée – je gratte – je pique ceux qui me touchent et veulent me porter.
Je suis – non – je ne suis plus – un jour j’ai été….
Je suis une bulle de chewing-gum. Je sens bon les rires mâchés de l’innocence.
Je suis la peau sucrée au miel de mes envies de butiner partout la vie.
Je sens bons les pensées, les fleurs de l’écriture.
Je n’ai pas besoin de prénom. Je suis une succession de lettres, de mots, de messages et de témoignages.
C’est comme cela que j’existe.
A chacun de ces moments, je suis.
Un jour car j’ai fui,
Car je n’ai pas suivi,
J’ai pu enfin dire : je suis