On dit que l’alcool est une ivresse, une évasion. Pourtant, je te vois, enfermé derrière sa prison de verre, noyé dans ses eaux troubles.
Tu deviens alors si minuscule, comme les tiques que je trempe dans du vinaigre après les avoir retirées à leur hôte. Toi aussi tu t’es décroché de notre monde.
Tu flottes dans un néant. Inerte, présent mais absent, tu navigues entre réalité et illusions.
Fantôme de ma vie, tu fuis, errant comme une âme en peine dans ton propre corps.
Tu deviens ce que tu ne peux pas être.
Il paraît que l’alcool donne du courage.
Il aide à parler, à se dévoiler, à être soi-même. Pour moi, il n’est que mensonge.
Ce mensonge t’endort mais me percute en plein cœur.
Reine de ma vie, les pieds bien ancrés dans mon sol, les yeux perdus dans les étoiles, j’erre à présent dans le trouble obscur de ta nuit, je piétine, je me fatigue à essuyer les flaques de toi, à souffler sur la fumée d’une vérité qui m’échappe.
J’ai entendu dire que tu m’aimais.
Pour aimer il faut s’aimer soi-même, comme une paire de charentaises douces et confortables dans lesquelles on aime se reposer et se protéger du froid des tempêtes de la vie.
Nous naissons tous fragiles et ballottés par le vent des autres et du monde.
Quand la cruauté coupe notre envol, comme le lézard nous devons attendre au soleil que repousse notre cœur.
La rumeur crie que le monde est une jungle.
Dans la savane, le sol est si aride que les animaux font des kilomètres pour boire.
Boire pour survivre.
Pas d’artifices dans ce monde.
Pas d’échappatoire si ce n’est accepter d’être le plus faible ou le plus fort et s’y adapter. De la protection dans les troupeaux. De la présence dans le groupe. Chacun à sa place.
Chaque animal à sa propre condition humaine.
Je ne sais lequel tu pourrais être, perdu dans ta fuite, mis en danger par les vapeurs de l’alcool, inerte, oublié de toi-même, présent à mes yeux embués de détresse, à protéger cet enfant qu’est ta bouteille de liqueurs mensongères.
J’ai entendu dire que cela se soignait.
C’est une histoire que je ne peux connaître mais j’aurais aimé ne pas y être mêlée.
Je suis le personnage d’une partie de ton livre mouillé par les illusions, je flotte dans tes récits décousus, tu fais de moi ta chose animée.
Il paraît que tu es réel, en chair et en os, le cœur battant. Je t’ai perdu.
On m’a dit que tu étais toi. Tu t’es perdu
Il paraît que nous nous aimions. Tu nous as perdu.
J’ai entendu dire que notre vie était un cadeau. Il s’est perdu.
Il semble que j’étais heureuse. Je me suis perdue.