VOILIER :
Je détacherais tes chaînes, tes chaînes en forme de cordes, tressées comme des nattes, des nattes de Cheyenne tissées sur une poitrine. Je hisserais ton drap à la force des bras le long de ton échine, je coifferais ton corps pâle de nœuds en huit, de nœuds de chaise, de cabestan, pare-battages sur les flancs.
Tu prendrais ton envol, chevaucherais les dunes, des dunes d’eau et de sel, au galop sans obstacles. Là où les eaux se perdent, où les tissus se délitent, où les temps se déchirent, j’apercevrais en toi la louve des forêts vierges. Tu pousserais un cri ; la bête inassouvie connaîtrait la jouissance. Au large, tu comprendrais que dans le ventre du monde le désir prend naissance. Dans le creux des tourments, la gueule tournée vers l’ouest, mordant les alizés, tu hurlerais à la lune, consciente de ta puissance, fière de ta solitude. Et au petit matin, auréolés d’une couronne de mouettes, les aigles des marins, tes crocs seraient caresses.
Une fois au port, je ferais coulisser autour de tes poulies des chaînes en forme de cordes, tressées comme des nattes, des nattes de Cheyenne. Sur le bois de la terre humide et incertaine, je sauterais à pieds joints, pare-battages sur le pont, cavalière sans monture.