Orpheline
ni l’œillet, ni l’olivier
ni la rose rouge corolle
ni l’origan, ni l’odorante ombelle
ni les dieux omnipotents de l’Olympe
ni l’opéra opulent de la vie
aucun ne me console
depuis que tu es parti.
Transparente,
je suis devenue obsolète
je ne sais plus quoi dire
quoi faire d’original, de singulier
je n’avais pas d’autres horizons
que celui des montagnes bleutées
qui entourent notre maison
et depuis ton départ
elles m’emprisonnent.
Désœuvrée,
je ne suis qu’ennui et tristesse
et me sens tout à fait grotesque
de n’avoir jamais quitté la région
et le pays qui m’a vue naître
ma vie est devenue banale
sans aller, sans retour, sans contour
je suis mal fagotée, malhabile
mains nues et mal à l’aise
dans ma robe de laine.
Désormais
pour sortir de l’ornière
de cet univers opaque
de l’attente qui me consume
et lentement me somnole
je marcherai vers l’inconnu
résolument au-delà
et sans me retourner
je serai indisciplinée et rebelle
j’occasionnerai le mystère et l’occulte
j’opterai pour des onguents capiteux
des parfums envoûtants, des orgies d’opiacées
j’opérerai des onctions, des jonctions, des oxymores
je proclamerai des oraisons, des oracles
je chanterai des hymnes à l’envers
je disperserai aux oueds les ouragans de sable
j’ourdirai toiles et opuscules obscurs
j’ordonnerai l’onyx, l’obsidienne, la pierre de lune
autour des mes chevilles et de mes poignets
je dormirai sur des tapis soyeux brodés
d’ocre jaune et de terre de Sienne
je volerai en Afrique avec l’ortolan
avec le passereau j’irai jusqu’en Orient
je redonnerai la parole aux cailloux et aux pierres
j’ensorcellerai l’eau du torrent pour en faire du miel
je comprendrai la grammaire du temps
la voix des arbres, des fleurs et des bêtes
je dissiperai mes tourments à tout vent
je t’oublierai définitivement
et la vie reviendra
légère, souriante et belle
je serai à nouveau femme
à nouveau vivante.