J’ai été l’enfant derrière les draps, la tempe tendue à rompre, balle à linge et doudou coton. Plate, écrasée, derrière les pinces à linge, j’ai connu l’eau, goutte à goutte, creux de siphon, lampées.
Je suis devenue pâle, et puis teintures par couches, un brin pigment, une doublure ouatée – gonflée la toile entre deux épaisseurs. J’ai pris forme sous mes propres doigts, je me suis accouturée.
Seule, derrière des trames opaques, seule dans la maison du cri perdu, je marchais à pas de louve, cachette et silences.
Pour que le soleil pointe.
Me voici déferlante, voix qui porte au-delà des saisons, je suis poudre d’orage, soufflée à vos visages.
Je ne sais pas déchirer la nuit, je l’avale et la digère, m’en rapièce un manteau, ouvre les pans, laisse passer la lumière.