Sa tristesse est absence de désir. Quelque chose manque. Elle ne sait pas ce que c’est. Il y a un fond d’âme obscur, une lassitude profonde à tout. Voilà l’état.
Et puis alors, lorsqu’elle rencontre l’autre, cette tristesse est légèrement effacée, nuancée, par l’amour pour la totale nouveauté qu’est chaque apparition de l’autre, même si souvent, elle est déçue et que la nouveauté s’efface devant la banalité, l’autre n’ayant pas vraiment accompli le chemin vers lui-même, se dit-elle, et la tristesse reprend de plus belle.
Dans cette tristesse il y a un amour qui se marie bien avec elle : on peut être triste d’aimer, triste de ce que l’on aime, ou parce qu’on aime tellement et qu’on perdra, qu’on a déjà perdu.
Mais cet amour là, il n’est pas si grand, se dit-elle, car il croit perdre. Le véritable amour sait qu’il ne perdra pas et il ne peut pas contenir la tristesse. Il s’échappe à elle, il est bien au-delà. Mais qui a ce grand amour ?
Elle parfois, rarement. Très rarement.
Elle le sait déjà maintenant, elle voyagera dans le temps cette tristesse là, elle changera de forme c’est certain, elle pourra devenir tristesse-colère devant le monde qui brûle et ceux qui ne veulent pas voir, ou encore tristesse-ennui, tristesse-mépris, tristesse-angoisse… Et même parfois, elle disparaîtra complètement la tristesse, quand elle sera touchée par la grâce, dans la joie pure, mais cela est rare. Il faut qu’elle soit touchée par le désir, et alors elle s’en ira, la tristesse, par le désir et la certitude de devoir faire ce qu’elle fait. Alors l’âme ne sera plus dilettante.

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