Debout face à la porte de l’ascenseur, Noé entend toujours le chien. Le chien des voisins aboie, ses aboiements sont mécaniques. En regardant le carré rouge du bouton de l’ascenseur, Noé repense au temps avant le chien, était-il moins irritable. Le chien du voisin aboie, ses aboiements tranchants. Ce sont des nouveaux voisins. L’appartement face au parking.
Debout sur le palier de l’étage, Noé perçoit le couple d’en bas crier. Ils se disputent, parfois s’insultent, surtout la femme.
Avec Noé, ils constituent les plus anciens de la résidence des Cèdres. Ils ont une grande voiture. Noé habite ici depuis cinq ans, il fait le compte, il a emménagé à deux, il est seul maintenant. Sans elle, il n’aime pas vivre. Il est seul depuis trois ans.
L’ascenseur ne monte pas, des voisins le retiennent, un déménagement peut-être, des gosses. L’immeuble se dégrade depuis trois ans. Depuis trois ans, les murs ont rétréci. Ils sont vieux et sales. Les couloirs sont vieux et sales, et les vitres de l’entrée pourries. Le local à poubelle se rempli des insectes de la tête de Noé. Et le chien. Le chien d’en bas. Ses aboiements terribles et réguliers. Un jour, il le tuera. Il va buter ce chien. Noé, un jour, explosera le crâne du chien à défaut du sien.