La crique est calme. Étendues nues sur des roches lisses deux soeurs prennent le soleil. Bal fume une clope, replié.e dans le creux froid d’une falaise. « Elles vont se faire trahir avant la fin du mois » pense t-iel. Les soeurs s’enivrent et des types leur font des promesses sur la place du village ; elles sourient et elles ont des clous dans les poches. Bal imagine leurs langues fraiches s’insinuant dans des coins sombres. Les touristes, iel le sait, laissent partout des traces de sel. Les locations saisonnières ont une odeur particulière : plastique chaud, lattes gonflées, crème solaire.
Le sable regorge de quartiers de citrons verts, la bouteille de tequila entaille la plante des pieds — les déclarations d’amours résistent, on le découvre sans cesse. Un été les roches étaient rugueuses et, alors que Bal attendait qu’un poisson horrible lae dévaste, deux soeurs ont enlacé la crique. Les algues étaient douces ce jour-là mais personne ne s’en souvient. La nuit suivante, on avait pu lae voir étudier son reflet ; il était possible d’y déceler une méduse un peu lasse, en attente de trahison.