L’Agneau et le Loup

Il était une fois un Agneau rebelle
Qui du loup en avait entendu de fort belles
Né avec le dernier printemps
Il avait reçu tous les attributs des intelligents
On lui en raconta tant
Le berger, les chiens, son frère
Q’un jour s’en allant désaltérant
Dans le courant de la rivière
Il décida de mettre fin
A la souffrance des jeunes ovins
De montrer à la bête cruelle
Qu’il irait moins de vingt pas au-dessous d’Elle
Qu’il troublerait son breuvage
Qu’il n’avait que faire de sa rage
Qu’il ne l’épargnerait guère
Même sans l’aide de son frère
Qu’il ne finirait pas au fond de la forêt
Entre les deux mâchoires d’un gringalet
Le Loup survint donc à jeun
Cherchant aventure, c’est certain
Comme d’habitude, il sortit son couplet
Là où l’Agneau se désaltérait
Il voulut bondir sur sa docile proie
Mais l’Agneau avait préparé l’endroit
La berge d’apparence moussue
D’ajoncs,de ronces et d’épines, il avait cousue
Les sables mouvants il avait cachés
Sous un beau tapis de fougères séchées
Il avait choisi un beau marécage
Qui sur le plus fort
Se referma comme une molle cage
Avant qu’il ne soit englouti jusqu’au museau
L’Agneau s’adressa alors au bourreau
« On me l’a dit : il faut que je me venge».
Là-dessus, au fond de l’onde pure
Celui qui cherchait aventure
Celui que la faim en ces lieux attirait
Fût emporté, sans autre forme de procès
L’Agneau se dit à ce moment-là :
« Je pense donc je ne suis pas … si mouton que ça ».

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