C’est une fin d’après-midi au sommet du Mont Nam, presque le crépuscule
L’air est chargé d’épaisses nuées qui crèvent en brusques torrents
Les rizière inondées rutilent de lueurs mouillées, hésitent entre le vert et le bleu
L’horizon se fond entre ciel et terre, comme les gâteaux du Têt, gâteau – ciel, gâteau – terre, ni ciel ni terre, que du riz
C’est une saison de pluies, d’odeurs et de couleurs mêlées, la nuit qui tombe ferme l’horizon et éteint les rizières.
C’est au sommet du Mont Nam, devant la forteresse militaire
C’est un soldat
Un jeune soldat, vaillant, pas fort ni grand mais invincible tout de même
Il a un uniforme froissé et une casquette à étoile rouge
Il a une guitare à la main
Il s’assoit sur la première marche de la forteresse
Il regarde les rizières inondées et le ciel d’eau
C’est un soldat comme tous les soldats, il n’a pas d’autre mission que celle pour laquelle il porte cet uniforme, cette casquette, il sait qu’il est né pour cette mission et aucune autre.
Mais le soldat a 20 ans, il a envie de chanter la berceuse du gâteau – ciel et du gâteau- terre, il s’assoit sur la première marche et chante. Sa guitare a un son de mandoline.
Il chante. Il ne monte pas la garde.
C’est le crépuscule, c’est la nuit qui tombe sur le Mont Nam.
Et sa voix s’élève, pure comme celle d’un enfant au sein de sa mère.