Puis vint le tour des Alizés de souffler tous les mots qu’ils rêvaient de répandre : « Vous ne trouverez pas, dans les ciels du globe, de vents plus doux ni plus légers que nous. Voici tout l’éventail de nos qualités : polis, délicats et mesurés, nous soufflons avec régularité, ni trop ni trop peu, plus ou moins languides plus ou moins vigoureux ; c’est selon les saisons. Et les navigateurs portugais du XVe, admiraient notre constance, nous les vents exotiques, ils y trouvaient la clé pour atteindre l’Outre-mer. Nous étions importants, voire même stratégiques. Alors on fit de nous un vrai secret d’état… »
A peine leurs mots soufflés, Aquilon les surprit surgissant par le nord, agité, trépidant comme une vraie furie lâchant toute sa froideur : « Ah vous, les Alizés, vous aimez prendre vos airs. Vous omettez de dire combien de cartes trompeuses ont été établies pour leurrer les grands- voiles sur toutes les mers du monde et garder jalousement le secret de vos vents … Et vous vous vantez peu du nom moins poétique, dont on vous affublait il y a fort bien longtemps : Trade winds ; sacrifice du rêve de tous les vents poètes, vous rapportiez beaucoup. Et quand vous traversez les terres émergées et fréquemment arides ; quand vous soufflez au-dessus des zones désertiques ou semi-désertiques, vous entretenez l’aridité de ces régions comme cet harmattan, qui dans le Sahara, en été, et en toute saison, assèche les abords de l’ouest de l’Afrique. Moi, c’est sûr, on ne m’aime guère, on me trouve violent, téméraire, glacial et par trop tumultueux. Mais je ne cache rien, je suis entier, tel est mon caractère … Et puis, viendra un jour où l’on me suppliera de refroidir la Terre avant qu’elle ne succombe à toute cette sécheresse qui la fait suffoquer. »