comment rendre justice au feu qu’on nous a appris à taire

  1. d’abord, il n’y a pas
    de calcul à faire
    il faut laisser advenir

  2. on peut cependant
    apprendre à retourner les braises
    aiguiser son tison

  3. on peut suivre le feu
    à la trace, y compris
    sous la mer :
    la socialisation des petites filles
    favorise
    à la moindre flammèche
    l’arrivée des pompiers

  4. (soyez pompière
    pyromane)

  5. les circonstances propices
    à l’embrasement
    sont les suivantes :
    un journal sur la table
    une chenille écrasée
    un vase rempli d’eau
    qu’on a posé dans la cour
    par temps mauvais
    les larmes de votre sœur
    un dîner de famille
    une énième valise sur le dos
    d’un âne bâté
    un craquement d’allumette
    une parole d’acier
    un silence de plomb, d’étain,
    ou déplacé

  6. et le plus difficile :
    quand la soupe déborde, il faut
    réprimer le réflexe
    de la bonne ménagère
    il faut laisser la main devenir
    indocile ; il faut
    se laisser faire
    il n’y a plus de feu doux, plus de main
    invisible
    pour réguler l’ambiance
    d’un foyer
    délétère
    il faut risquer sa peau, et sa place
    sa réputation de bonne
    cuisinière
    il faut faire déborder, et même
    en rajouter, même cracher dans la soupe
    cracher tout son venin, se vider,
    se vautrer
    et il faut accueillir,
    sereine, les conséquences :
    ce soir la soupe, la soupe
    sera mauvaise

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