Et surgissent les tristes

J’aime cette lumière. Elle peine à percer la nuit. Ses rayons se battent contre l’épaisseur de l’obscurité. Ils transpercent doucement son voile encore chargé de fraîcheur. C’est la clarté avant le soleil. On ne sait jamais quand les forces changent de camp. Il y a toujours un moment de doute : le monde ne va-t-il pas rester à jamais plongé dans l’invisible ? J’oublie. Dans quelques instants il fera moins froid. C’est très rapide. Dans un tremblement infime, la couleur parcourt la cime des arbres, les contours épais et sordides s’affinent, les silhouettes se détachent. Soudain l’obscurité devient bleue. Le monde troque le gris pour la vue. Elle émerge parmi les morts et tout recommence.

C’est à ce moment-là que surgissent les tristes. Le jour les enfonce dans l’errance. La terre s’ouvre où passent leurs visages insomniaques. On pourrait croire que la lueur les appelle et leur suture un peu le cœur. Elle les transperce pourtant comme une lance irrémédiable. Ils aiment la nuit, elle les rassure dans leur tristesse. Ils la diffusent avec vanité dans toutes les ombres du jour. Ils sont épais comme la lune et éhontés comme l’herbe. Ils propagent leur peine sans relâche. Ils ne cesseront jamais de nous imposer leur douleur. Sous leur regard, le ciel se transforme.
Et la lumière d’un coup, est pleine de terreur.

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