Il défait son manteau, l’accroche au mur.
Le mur est fendillé. Dans la nuit on ne voit pas ses craquelures. Comme des fils tordus par le rire.
Je m’éclaire de peu.
Il s’allonge sur le canapé de velour. Comme tous les jours il attend.
La pierre posée sur la table du salon, pousse son chant. Une plainte.
Elle est à l’unisson avec le tiroir-caisse de la salle du fond, au rez-de chaussée.
Il croise les jambes, ses chaussures sont crottées. Il ne les a pas retirées.
Sa manche trempe dans la tasse. Il ne s’en aperçoit pas. Il est plongé dans ses pensées, ou est-il dans la vague ?
Les pensées arrivent par centaine, en passant par l’espace du dedans, de l’histoire, des replis de l’intime.
La vague, elle, est une chienne. Un rictus. Je ne supporte plus sa présence aveuglante.
Je ne veux pas lui retirer ses chaussures, je passe donc devant lui pour rejoindre la fenêtre que j’ouvre. Dehors est un matin d’avril sans bruit. Je ferme la fenêtre sèchement. Clac. Bien sûr il ne me dit pas tout. Ses cernes. Son odeur de terre. Les griffures sur les mains et dans le cou.
Je ne sais où me mettre. Son corps au repos a pris tout l’espace du salon. Ses mains ne bougent pas, croisées derrière sa tête.
Je n’ose pas le déranger. J’ouvre une bouche puis la referme, mon souffle est lent.
La table sur laquelle je suis accoudée ressemble à celle de ma mère. Celle qu’il y a dans la première pièce de la maison quand on entre. Des gerbes de fleurs.
Je roule une cigarette. Il lèche son pouce. Il y a du miel du pain. Nous partageons ce lieu, cet espace. A présent je suis comme une mouche dans un bocal. Je vais de la table basse au guéridon, de la cuisine
J’entre dans le précipice de son histoire.