Nous épluchons des pommes.
Il a les manches relevées de celui qui a tout compris.
il a dit « quelqu’un de noble ». De qui parle-t-il ? Je ne suis pas.
Hier il a oublié chez moi un sac et ses pommes achetées au marché.
Aujourd’hui nous épluchons les pommes et préparons du boudin. Nous sommes chez moi.
Il redécouvre mon appartement entièrement lambrissé. Il dit « il est orienté nord sud ».
Il passe de la cuisine au salon, tire les rideaux bleus.
Le maquillage à mes yeux coule à cause des oignons.
J’ai le sentiment d’être à la fin de ma vie. Il ne s’en aperçoit pas.
Son air est radieux.
C’est un mauvais jour.
J’ai passé quatre heures ce matin à écouter des gens pleurer.
Une femme dont le mari a pris l’habitude de la violer la nuit. Elle dort à présent dans le salon. Elle n’arrive pas à le quitter. Porter plainte. Autrefois c’est son frère qui la violait. Le frère s’est pendu. Elle ne s’est pas rendue à l’enterrement.
Dans la famille on parle.
Je lui ai dit « je vous crois ».
Nos mains se rencontrent dans le saladier. Il y a les quartiers de pommes qu’il redécoupe après moi.
Il fait les finitions.
Qu’importe qu’elles soient belles elles vont être mangées !
Il ne pense pas pareil.
J’ai des petits yeux. Fatigue. Écouter les personnes seules
7h du matin. Tristesse. Solitude. Violence.
Je ne suis pas seule.
Je suis avec lui.
Nous cuisinons. Il aime faire à manger. Moi je le suis.
Plus tard nous nous hâtons pour rejoindre le théâtre. Je passe à la médiathèque prendre de la poésie et quelques CD.
Nous allons voir une pièce intitulée « La mécanique du couple ».
Je déteste. Il n’est pas loin de me rejoindre.