Il passe ses journées assis, allongé, ses jambes ne le portent plus, souvent il regarde la télé, des chaînes d’info en continu ou des feuilletons allemands ou des documentaires animaliers, parfois je le vois dans un fauteuil – celui qui roule, celui qui ne roule pas – un livre à la main, il penche sa tête pour mieux lire et elle lui demande s’il a soif, s’il veut un apéro avant le dîner, le déjeuner, il n’entend pas toujours ou ne semble pas entendre, il aime les apéros qu’elle lui prépare et les murs les écoutent, les murs absorbent leurs voix, leur amour, parfois leur colère et parfois leur douleur, ces milliers de petits moments qui les relient, petits moments qu’on assemblerait comme un patchwork – celui accroché dans l’entrée peut-être – et ça ne suffirait pas à dire ce qu’est leur vie, la nôtre – les soirs d’été, au moment de fermer les volets, je regarde les collines situées au-delà de la ville et je ne pense rien ou pas grand chose, juste que ces collines sont belles, qu’elles m’en rappellent d’autres, sous d’autres latitudes et je vais leur dire bonne nuit, lui d’abord, elle ensuite, parfois je m’allonge un peu à côté de lui et au moment de partir je lui demande s’il a besoin de quelque chose, je positionne son téléphone et la télécommande à côté de lui, je me demande si les murs connaissent ces mots par cœur, ou s’ils les redécouvrent à chaque fois, dehors l’air de la nuit vibre et souvent je l’oublie, nous l’oublions, il ne faut pas oublier la beauté de la nuit