LA PIAZZA DEL CAMPO 
Je suis assise à la terrasse d’un café, à Sienne. J’attends. J’ai commandé 2 Spritz. J’ai le temps. Je regarde devant moi. Je suis en extase. C’est le mois d’avril à Sienne. Il fait beau. Je plonge mon regard au centre de la coquille de  la place. Je lève mon regard vers la Torre del Mangia. Je vois.

LES TOURISTES 
Ils se posent en grappes sur la Piazza. Ils posent leurs sacs à dos sur ses plans inclinés ou au centre. Ils s’assoient en tailleur ou s’allongent. Ils mettent leurs lunettes de soleil et leurs casquettes aux slogans publicitaires. Ils sont sales, dégingandés, hilares,  heureux. Ils sortent de leurs auberges de jeunesse et affrontent la lumière toscane. Ils ne crient pas, ne rient pas. Ils sont comme les autres, écrasés de beauté. Sienne est écrasante de beauté.

LES SPRITZ 
Le serveur arrive avec les 2 Spritz. Il est excédé par les valises,  les sacs à dos, les chiens,  les enfants qui empêchent sa progression fluide de table en table. Il tient son immense plateau en l’air et virevolte avec grâce.  Il a la beauté des jeunes Toscans. Il est comme un David en tablier marine. Il transpire mais sa voix chante. Preggo. Grazie mille. Ecco.

LA FILLE AU CHAPEAU 
Tu arrives. Tu es encore à l’autre extrémité de la Piazza. Tu a mis ton immense chapeau rouge, qui te fait une tête de coquelicot. Tu te fraies un chemin entre les grappes de touristes, tu as le pied léger,  la ballerine souple et tu cours presque. Tu as l’air si jeune,  si vive, si joyeuse. Tu es venue quelques jours ici avec ta mère.  Tu oublies un peu le poids de ce qui t’a fait fuir. Le ciel est bleu turquoise,  la Torre del Mangia est ocre doré, les Spritz que ta mère a commandés sont orange sanguine. Tu es presque là,  tu es là,  tu t’assoies dans la chaise de paille à côté de ta mère.  Tu lui souris. Tu n’es même pas hors d’haleine. Tu replies ton immense chapeau rouge coquelicot. Et tu trinques avec ta mère. Au travers de la paroi ruisselante de condensation,  tu vois la Torre del Mangia, ocre orangé.

LE GOÛT 
Le Spritz a un goût amer et sucré. Le goût du chagrin sous un ciel bleu turquoise.  Le goût de l’amour maternel. Le goût de Sienne en avril.
Tu fermes les yeux.
Grazie mille

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