Dans un écho sombre, elle s’est perdue. Elle n’a plus rien d’humaine, elle est entourée de vide, de steppes où plus rien ne dépasse. Elle se déploie dans ce vide, encore et encore, elle passe de colline en colline, rien ne peut l’arrêter car il n’y a plus rien pour faire obstacle. Elle est un souffle quand tout a déjà été soufflé, couché, amenui. Elle n’a plus de forme, à se demander si elle en avait une au départ. Puisqu’il n’y a personne pour la recevoir, c’est comme si elle n’existait pas ; sauf qu’elle existe. Même si aucun pavillon n’est là pour la témoigner, elle est. Elle voyage en cercles concentriques autour du monde, comme une onde sourde, comme une dernière vibration.

J’ouvre la fermeture éclair et mon bide sort, chaud et humide, d’un coup. Je sens que je transpire, je brûle à l’intérieur. Je crie, je bondis et je fourre tout ce que je peux dans ma bouche, par poignées. Les aliments, avalés. Les poubelles,  avalées. Les livres, avalés. L’ordi, avalé. La monnaie, avalée. Les ampoules, avalées. Les bijoux, avalés. La petite radio, avalée. Les épingles, avalées. Les  serviettes, avalées. Les fourchettes, avalées. J’avalerai tout jusqu’au moment où il n’y aura plus rien dans cet appartement, où je serai plein·e de tout ce que j’ai thésaurisé. J’accélère. Je gémis de plaisir à l’idée qu’il faudra ensuite sortir, et manger tout le reste.

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