Ni nom, ni prénom
Ni identité
N’être par les temps qui courent, Rien du tout
Il n’est personne,
Sinon un cadavre de plus oublié parmi 1.400.000
Enterré sur place à la va-vite, sans plaque de métal au cou,
Sans cérémonie
John Doe américain , Républicain NN sans sépulture sous Franco, nettoyé ethnique NN en Bosnie-Herzégovine, disparu NN au Guatemala, en Argentine, au Chili.
Un inconnu au bataillon
Sans plus aucun signe de vie
Forcément jamais réclamé par ses proches,
Un démobilisé de fait, rétrogradé
Au grade incertain,
Un ex-combattant, un poilu de 14.
J’ai été mortellement tiré à balles.
Après j’ai été tiré au sort par le plus jeune engagé du 132 ième corps d’armée.
Un, trois, et deux font six.
J’étais dans le sixième cercueil à Verdun.
Ce soldat numérologiste y a posé son index.
Je suis désormais promis à un destin national.
Il fallait que le pays retrouve sa superbe,
Dépassé par un Tommy anonyme aussi, enterré à Westminster.
J’ai été ballotté entre Gauche et Antidreyfusards
Je n’ai donc pas été ré enterré au Panthéon,
Mais sous l’Arc de Triomphe de toutes glorieuses victoires.
Maintenant j’ai enfin trouvé mon nom,
Je suis le Soldat Inconnu
La flamme jalouse me veille à perpétuité,
Promis à la vie éternelle dans mon dernier domicile.
[1] Origine du Latin : « Je ne sais pas le nom »