N’oublie pas.

Je raconte pour ne pas oublier. Ton regard de douceur qui se transforme en colère. Je raconte pour comprendre. Traversées par des rivières à ne plus savoir les éponger, tes deux orbites au milieu de la face soudain perdent leur couleur. L’orgueil et la survie emplissent ton visage, ton regard ne se tourne plus vers moi et mon regard ne voit que ça, l’absence du tien, l’indifférence, l’esquive. Evincer de ton champ de vision mon corps mon visage ma douleur mon suicide devient un labyrinthe infernal alors que nous sommes face à face parfois même encore dans le même lit. 

Je m’explique. J’ai aimé tes yeux qui se posent délicatement sur mes blessures, les enveloppent comme une couette plume d’oie pour l’hiver. Tes yeux qui soutiennent que tout va bien, que tout ira bien. Nos yeux tendres qui s’entremêlent. 

N’oublie pas les regards qui se racontent. 

Aujourd’hui tes yeux horrifiés, pétrifiés, carbonisés, tes yeux qui hurlent puis qui se taisent pour point final. Je cherche ceux d’avant la tempête, d’avant la violence, d’avant les coups dans le vide et sur ta peau. Je ne sais plus à travers quel regard je me vois, si c’est le mien ou le tien, ou le mien déformé par le tien ou le tien qui a englouti l’estime de soi ou le nôtre qui s’est noyé ; je ne sais plus où s’est enfui mon regard. 

Je me demande : si mon regard me regarde à travers ton regard, comment renaître ? Une autre question : comment s’affranchir de tes douleurs qui coulent sur mon épaule ?

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