Revue Miroir

Je ne sais pas si j’aime les fleurs. Certaines. Le lilas peut-être, les coquelicots quand ils sont une armée, les tournesols l’été.

Il en pousse même en plein hiver sur la tapisserie de mamie, énormes, leurs pétales ont l’air sales, et le soir lorsqu’elle sort la vieille lampe à pétrole les tournesols ont des visages à cause des cicatrices de l’ombre. Je ne sais pas si ça me fait peur.

Il en pousse début juillet tout au bout du rang de maïs qu’une bande d’adolescents castrent d’une main distraite pour se faire quelques sous. Ça paiera le camping, les clopes, les packs de bière. Il est midi. Le soleil cogne. Derrière le champ de tournesols, il y a la rivière, ils y plongeront tout à l’heure
et ça leur fera un bien fou.
Il fut de feu l’été de ton premier salaire. De feu et de sueur.

Il en pousse dans l’odeur enivrante des manuels scolaires et dans le silence des musées. La table est plus jaune qu’eux. J’ai douze ans. Je ne sais pas si j’aime la peinture.

Il en pousse mais moins que de roses et que de myosotis dans les poèmes.
Moins que d’orties.

On m’a offert un tournesol une fois. C’était une fille, je ne me souviens plus laquelle, qui ne voulait pas qu’on l’oublie.

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