Les mains qui pensent et les yeux qui racontent

Nous avons des yeux étrangement verts, la voix qui tremble et des mains de labeur. Nous avons des rides au bord des lèvres et les voisins d’en face. Nous avons des rues, toujours les mêmes, les pieds nus, la peau blanche et des bruits dans la tête. Nous avons des morts qui nous observent et des vivants autour de nous. Nous avons faim. Nous avons le jour et la nuit, nous avons envie de dormir et la nuit à respirer. Nous avons les eaux muettes. Nous avons l’énergie des songes et la volonté des corps dans leur effort à vivre.

On croit que ceux qui nous regardent
nous écoutent, 
tu sais toi qu’ils sont juste absorbés 
par la couleur des yeux.

On croit que ceux dont les mains font, 
répondent à la volonté des corps et, 
dans leur effort à vivre, 
ne pensent pas

On croit que ceux qui sont nos voisins
nous sont proches, toi tu sais qu’ils sont juste 
les eaux muettes d’en face 
dont les mots se figent au bord des lèvres.

On croit que ceux qui ont des rides, 
la peau blanche 
et les pieds nus
sont de pauvres malades inutiles

On croit que ceux qui ont des bruits dans la tête
sont des fous 
qui parlent avec les morts 
et ignorent les vivants

On croit que l’air est le même le jour et la nuit, 
mais toi tu sais respirer l’odeur de la nuit
elle sent comme un chat endormi sur l’herbe fraîchement coupée 
et tu peux, dans l’énergie de tes songes
caresser le dos de cette bête, douce comme une fourrure

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