Errer presque seule au Stedelijk museum, quelle chance. Les tableaux chuchotent. Ma démarche s’allonge. Mes yeux sont séduits. Je m’épanouie entre la chèvre de Chagall et les orangés de Schiele. La contemplation m’adoucit.
Je me rends au sous-sol.
Mon regard trébuche.
Une photo.
Je l’observe.
Je me sens moins seule.
Une femme vêtue d’une longue robe rouge est assise à une table en bois dans une immense salle. Elle est encerclée par une foule. La foule la regarde.
Cette image me fige.
Cette femme, son visage, sa robe rouge, sa posture me parlent.
Ce lieu m’a marquée, quelque part, il y a longtemps.
Je me souviens.
J’étais là.
J’avais 13 ans.
J’ai vécu cette scène.
Dans les salles voisines à celle où se tenait cette femme avait lieu son exposition.
Les œuvres d’art étaient des personnes complètement nues, immobiles, dans des positions singulières. Je devais frôler ces corps afin de pouvoir évoluer parmi les salles. Je revois une femme nue, flottant au milieu d’un immense mur blanc, maintenue par une selle de vélo. Je rougissais. Je n’osais pas regarder. J’étais troublée par cette nudité dévoilée, banalisée.
A travers cette photo, je ressens un immense silence.
A travers cette photo, je ressens ma stupeur adolescente.
Je les ai reconnus.
Le MoMa, New-York.
Marina Abramovic.
Je ne rougis plus.
Je souris. Je pars.
Des émotions sont sorties de leur placard.