Je suis assise sur l’herbe fraîche, les pâquerettes posées de-si de-là, font des petits points jaunes. J’enfonce mes Converse dedans. Serrer contre ma poitrine, ton petit cahier rouge. En face, droit devant, il y a la mer. L’écume, remonte jusqu’à mes yeux. Ça brûle, c’est salé. À travers moi, je veux dire dedans, mes idées s’entremêlent. Ça fait des noeuds épais. À l’intérieur, je veux dire dedans, j’ai mal.
Non, je n’ai pas peur des eaux profondes. Je suis descendue très bas pleins de fois. Je pourrais me laisser glisser, comme ça, tout doux. Je pourrais marcher dans l’eau, dans les vagues. Droit devant. Puis attendre que ça fouette. Puis attendre que l’eau claque contre mes genoux, contre mes cuisses, contre mon ventre, contre mes seins. Je pourrais attendre que l’eau claque contre mon cou et sur ma bouche. Je pourrais attendre que l’eau pénètre ma bouche. Je pourrais. Mais je reste là. Assise sur l’herbe. Ton petit cahier rouge serré contre ma poitrine. Là, assise, face à la mer, je pense à toi. À tes mots.
Et quand je serai vielle et que je serai morte. Je viendrai te le dire. Que j’ai pensé à toi, tous les jours que Dieu laisse devant ma porte. Les mots, sont des traces indélébiles, qui me rapprochent de toi. Et même si les années passent, et même si le train de la côte bleue avance. Dans dix ans, dans vingt ans, dans cent ans, je penserai à toi. Car c’est pour toi que j’écris…