Je suis apparue comme un oubli. J’ai rampé, marché, couru. J’ai attaché mes yeux aux derniers étages des immeubles. J’ai écrit partout, sur les murs, sur vos mains, sous les tables, dans ma tête. J’ai sauté du haut d’un précipice glacé, sans espoir de retour. J’ai attrapé les cordes tendues, les rideaux et leurs reflets. J’ai étanché ma fureur à la fontaine moussue, entre les ronces et les tonneaux en plastique. J’ai compté jusqu’à dix et au pied du poteau téléphonique, j’ai creusé un trou pour cacher le sang. J’ai entendu le cri d’une bête blessée dans les échos de l’orage, j’ai absorbé les déchirures de l’air. J’ai voulu une peau hâlée, des mains graciles, des chevilles fines, une poitrine plate, j’ai voulu des dents moins écartées, des ongles moins courts, des fesses moins rebondies, j’ai voulu un regard clair et sûr. J’ai fouillé les buissons jusqu’à en extraire le bleu. J’ai suivi de mes doigts le ruissellement jusqu’au bout du sentier, quand nos corps ne sont plus que des rêves.

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