tu repars aujourd’hui
je te tiens encore un peu
mes canines dans ton plexus
je dévore tes yeux ta colère
tu te concentres sur tes tartines tes œufs
je suis étriquée dans ton corps qui s’éloigne
étriquée de la gorge à l’estomac
dans tes jambes qui repartent pliées dans le bus et
tu t’en vas
c’est moi qui marche sans me retourner car
partir c’est plus facile que de rester
pas vrai ?
bien que je reste à habiter dans ton corps et surtout
je te sens tracer des sillons sous ma chair
ils vont profond ils creusent
ils tanguent donnent la nausée
parcourent le système nerveux
appartiennent à un corps qui n’appartient à personne
ils vivent après ceux qui n’ont pas la force d’abandonner
Ils s’engouffrent dans les millions de minuscules trous
qui existaient déjà
transpercés activement
ils poinçonnent le corps comme preuve d’un passage vrai
reniflent les trous les issues
conservent l’odeur intacte de la matière disparue
ils plaignent ils passent ils traversent
normalement
ils remplacent les textes gravés sous la peau
dans la doublure du visage des membres du tronc
ils répètent
ils déchirent
on ne sait pas comment on se déchire
on n’a aucune idée des sillons