Sur la table devant moi
des peaux mortes tatouées
comme des souffrances étalées
je les enfile sur mes doigts, le long de mes bras.
Je pose mes nouvelles mains
comme un livre ouvert
sur la table devant moi.
Sur la table devant moi
avec ma nouvelle peau je sens
des formes géométriques juxtaposées
comme des perceptions peinant à se combiner.
Je les empile sur mes épaules, je sens leur poids
leur forme s’accorder et se confondre
avec ma nouvelle peau.
Sur la table devant moi
des petites mains par paires
papillonnent, se posent et se soulèvent
pour délivrer des tas d’insectes morts épinglés.
Toutes les couleurs sont là, tous les motifs
comme des souvenirs oubliés
je les assemble par paires.
Sur la table devant moi
on a posé
des clés, des feuilles
des cailloux, des cornes.
J’essaie en vain d’en changer l’ordre
mais rien ne bouge
clés, feuilles
ce sont des ombres
cailloux, cornes
des mots.
Sur la table devant moi je m’allonge
de sous ma nouvelle peau
j’ôte mon vieux coeur pour le remplir
de nouvelles formes
de nouveaux mots
de souvenirs
de motifs
et le remets en place
avec un tour d’écrou.