Été. Nous marchons le long du quai. Tu parles sans t’arrêter, je regarde les bateaux et leur coque polie par le sel. Parfois, c’est toi que je regarde. Tes cheveux sont sales et un bouton déforme ta lèvre supérieure. Tu es quelconque. Je m’en veux immédiatement de le penser. Nous marchons de deux pas différents. Je n’aime pas le mouvement. J’adapte mon pas au pli de ta voix. Quelque chose se fissure en-
dedans. Je fais comme si je n’avais rien entendu.
Automne. Nous rejoignons les autres à une terrasse de bar. Nous sourions dans nos verres, nos peaux cousues sous la table. Ils n’entrent pas dans notre royaume. Les liquides n’ont pas de contour. Nous n’avons pas de contour. Nous sommes vivantes et infinies. Nous sommes ce qui existe. Les chairs bues, les bleus effacés. Chaque surface à toi est moi. Chaque surface à moi est toi.
Hiver. Nous dormons côte à côte. Le matelas est glacé. Je sais mais je ne veux pas que tu le dises. Je mets des mots dans les espaces. Je les empile les uns sur les autres jusqu’à ce qu’ils se brisent. Je mets des mots sous un microscope pour pouvoir mieux les voir et mieux les prononcer. Ton café a le goût des décisions raisonnables. Mon corps a des cavités en forme de toi. Il ne peut rien contenir d’autre. Je vomis jusqu’à ce que mon reflet apparaisse à nouveau.
Printemps. Tu n’es plus là mais tu es partout. Je vis avec l’idée de toi. Ce n’est pas toi, mais je l’ai façonnée pour qu’elle le soit. Je lui ai donné ton nom et ton rire. C’est suffisant pour ne plus jamais être seule. Je n’avais jamais aimé comme ça. Je n’aimerai plus jamais comme ça. Les travaux ont repris dans la rue d’à côté. De nouveaux voisins s’installent. Il fera encore très chaud cet été.

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