Cicatrices

La forêt et ses odeurs de mousse
Le vert profond qui remplit la rétine
Les petits chemins qu’on connaît par cœur
Et qu’on parcourt à vélo
La rivière et les rires, les nuits étoilées
Cavaler, courir, sauter, grimper,
Les premières fois de tout.

La pluie sur la vitre du bus
Les premiers cafés, les clopes, le baby foot
Le lycée
Être différent, être en marge
Mais plaire aux siens
La musique partout, tout le temps
Vibrer dans chacune de ses cellules.

Les matins froids
Le premier appartement à soi
Boire, fumer, rigoler
Les potes déjantés, les concerts, les soirées
La fac
Lire, apprendre, étudier
Ne pas savoir où on va et s’en foutre royalement.

Le métro, le ciel gris, la foule
La solitude
Marcher, marcher pendant des heures, au hasard des rues
Les premiers stages, les premiers boulots
Les amitiés qui s’évaporent
Chercher sa voie quand tout est flou
Quand l’horizon a disparu.

Le soleil éblouissant, l’accent qui chante
L’odeur des pins dans la colline
Des ciels à devenir fou
La lumière, la lumière partout
L’amour, la joie, l’apaisement
La vie qui s’étire doucement et qui prend son temps
Et la mer qui scintille lorsque je souris.

Des rues enveloppées de chaleur
Le cœur gelé pourtant
Les doutes, la peur qui trace un chemin
Apprendre une nouvelle langue, une nouvelle musique
Les mots, toujours les mots
Et soudain un bébé miracle
Un nouveau départ.

Une maison, un jardin, deux enfants
Les cigales assourdissantes
Et ce silence entre nous qui prend toute la place
Changer de travail, une bouée dans l’océan
L’énergie qui afflue à nouveau
L’évidence qu’il va falloir partir
Mon dieu que c’est dur.

Des murs qu’on a choisis et décorés avec soin
Un appartement cocon qui enveloppe et protège
Savoir que c’était la bonne chose à faire
Entre angoisse et fierté, renaître
Le jardin comme refuge, les mains dans la terre
Mes premières tomates
Trouver sa place lentement.

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