CERVEAU-FLAQUE

je porte une maison vide sous une pluie battante
car une limace bleue a poussé sous mon crâne

j’habite une maison nue au bord du marécage
car ce matin la mort a volé mes sandales
je brûle une maison muette sous le chant de l’oiseau d’octobre
car la pensée du fleuve m’est insupportable

quand un lombric épais se promène sur ma langue
seul-seul dans la nuit vaste

et
que j’ai envie de choses très belles
et
de choses très vivantes

quand un drap blanc coule sous un tas de cendres
que la main de ma mère me paraît vieille

et sale

et que sur ma tête repose le pied de ma grand-mère

quand l’arc-en-ciel brise le toit qui ne protège rien
car tous les occupants ont autre chose à faire
alors

je pose ma maison-malle sur un nuage noir

et je remplis ma bouche
de petits cailloux nus
et
de petits cailloux froids

alors je dis

patience
c’est juste un trou
juste un cri
juste une flaque

et je dis

lune

je dis

chien

je dis

pluie

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