Toujours au début elle bouge très peu, de gauche à droite, toujours, toujours au début elle regarde la mousse qui pousse sur le vent. Toujours au début elle fixe son image pétrifiée, toujours au début elle suspend l’éternité qui s’écoule dans les fissures de ses lèvres que 2428000000000 secondes ont sculptées, toujours au début elle frôle la pluie elle mâche l’air toujours au début son regard est lent et creuse l’invisible, toujours les rides sur sur visage coulent sur la pierre grise et froide, tombent et toujours dans les veines du marbre courent sa peine, toujours sa robe rose bonbon habille le jour qui s’éteint et toujours un ange suce les fibres acidulées, toujours au début ses doigts effacent le bruit d’une photo qui passe, effleurent une main qui écarte l’air, toujours elle sait que toujours sera toujours et toujours elle pense que ce qu’elle dit dans sa tête traverse le mur, traverse le ciel et vient toucher le coeur blanc surtout la nuit car le ciel écoute mieux la lumière qui jaillit de la boule dans la gorge quand il fait sombre. Toujours après le début elle oscille plus fort, toujours après le début ses vieux os se cognent aux Ramones ou aux Stooges qui gueulent enfermés dans ses oreilles et toujours après le début elle se noie dans les fosses que leurs pieds creusaient elle lui quand les épaules et les têtes jetées, aimantées se bousculaient allumaient les désirs écorchés, toujours jouir en Larsen. Et toujours après le début après vibrent ses vieilles Doc Martens frappant l’air solide comme le couteau strident d’un marteau piqueur ou d’une perceuse qui fraise l’oreille. Toujours après le début après elle met son casque contre le tympan du marbre et coule le beat rapide et les distorsions des guitares vers le rivage profond et toujours interdit, toujours interdit au coeur qui pulse ses 144 bpm, toujours interdit à son ombre. Toujours elle croit qu’il danse aussi, que la terre bouge et danse aussi et s’ouvre aussi, que les vers qui le rongent se convulsent dans des Pogos moites et violents où résonnent le sexe, vomissent son coeur vomissent ses os vomissent sa mémoire et remontent pour griffer sa peau à elle, douce et flasque, et coup sec tirer la peau, arracher la vie, l’appeler, convoquer aux rivages de glaises noires où les empreintes de pas fondent sous la fièvre pour se joindre au vide. Toujours après, elle danse plus vite vite vite et elle crache sur les morts et elle saigne sur l’armée de pierres lisses, inertes et grises et elle hurle au vent qui meurt et toujours une armée de juges noirs et tristes autour d’elle convoitent et s’effraient de son bonheur illicite, de sa foi d’être.Toujours à la fin, elle danse nu, tremblante, le corps frappé de vie, spectre d’étoile qui prend feu, toujours à la fin elle voudrait le baiser fort comme toujours avant et toujours à la fin boire l’élixir d’infini, éructer le silence sombre et toujours à la fin le ciel rit et pleure sur sa peau creusée de sillons profonds comme la peine du monde qui fait naitre des rivières que la terre avale et toujours à la fin ces fleuves glissent le rejoindre, lui, et toujours à la fin une mer vient à être et toujours à la fin les vagues disent des mots nacrés, des lignes de mots d’écumes lumineuses qui la transportent vers les rivages obscurs où il l’attend.